Tong blues

Subrepticement, fin juin, les commissures des lèvres de certains parents retrouvent une pente ascendante. Pourtant, pour la plupart d’entre eux, les vacances sont encore loin : le bitume colle sous les tongs et/ou la météo confond juillet avec novembre ; les mites ont attaqué le placard ; il reste à peine trois semaines pour purger 6 mois de confit de canard/glace au beurre salé/pépitodusoirdésespoir. L’année a été dure, mais le club des parents qui sourient vous envoie des signes de reconnaissance : « quand est-ce que tu les lâches, toi ? »
Et voilà, c’est parti : chez les grands parents ou en colo’, les enfants sont au moins casés pour cinq à 15 jours en moyenne (j’ai fait des statistiques) et une longue période de liberté se profile. À tous les aspirants parturient(e)s, il n’est pas inutile de rappeler ceci : DEUX MOIS DE VACANCES SCOLAIRES. sans compter les à-côtés : Pâques, Toussaint, j’en passe et des plus compliqués à gérer. Que faire de ses nains quand on ne jouit pas d’une Mary Poppins hors conventions collectives et d’une villa de trente pièces dans le midi ? DEUX MOIS…
Certes, on pourrait les envoyer à l’usine goûter à la vie sans « pokemon » et room-service — leurs petits doigts agiles pourraient faire grand bien à notre industrie informatique — mais nous disposons d’une frange ultime de patience due, au demeurant, à la perspective de ces quinze premiers jours de juillet. Certes, on pourrait les cryogéniser, les louer, les oublier sur l’autoroute, les confier à leur père et s’enfuir en courant (méfiance, en tongs on ne court pas très vite), les mettre en pension, les vendre à TF1, ou au gouvernement — que diriez-vous d’un New Deal pour relancer l’économie ? Et si on faisait creuser des tranchées aux enfants ? Ils adorent ça. creuser.
On n’est pas si cruel. On tient.
On pense à ces quelques jours de liberté enivrante, à ces perspectives d’apéro-terrasse, de cinéma à 19h — quand êtes-vous allée au cinéma pour voir autre chose qu’une colonie de fourmis en 3d ? . On jure de ne pas remplir le frigo, de se nourrir uniquement des restes de yaourt ou à l’extérieur. À l’extérieur. De faire la grasse mat’ ; d’aller voir des expos ; de se faire les ongles sans que personne ne vous demande de lui essuyer les fesses ; d’avoir le cerveau rempli d’angoisses moins primordiales que « Qu’est ce que je vais faire à manger ce soir ? ». De ne pas avoir d’horaires. D’être comme avant.
Et là non plus ça ne rate pas. le deuxième apéro a un arrière-goût amer. Vous vous surprenez à faire une petite lessive, juste pour le fun. Vous allez faire un tour dans la chambre bien rangée. Vous n’avez plus trop envie de vous faire les ongles. Vous finissez les derniers paquets de pépitos. Vous faites des courses et la dame du Picard vous dit : « Et ils sont où les petits ? ». Vous abandonnez vos packs vapeur en pleurant et allez renifler leurs oreillers. Ils sont propres. Quand vous avez respiré un bon coup derrière leurs oreilles avant de les abandonner, était-ce ce pour la dernière fois ? Vous leur téléphonez, une fois, deux fois, trois fois par jour en cas de poussée. Mais il n’y a pas l’odeur.
Que ceux qui projettent de faire des enfants pour se sentir moins seuls sur Terre arrêtent immédiatement. L’enfant n’est pas le remède à la solitude. La solitude est le PPDC de l’humanité. Avoir des enfants ne dissout pas le sentiment de solitude immanente. Au contraire, dans leur jeune âge, en vous éloignant des plaisirs palliatifs : sexe spontané ; activités intellectuelles ; sociabilité nocturne ; divertissements divers, ils vous en font sentir cruellement la morsure. En vous éloignant d’eux, même temporairement, ils vous en font une piqûre de rappel. En vous quittant un jour, ils finissent par le rendre définitif.
Dolto, es-tu là ? Françoise, si tu es là, viens me tenir compagnie. Ils me manquent.
Tiens, puisque je suis en tongs, je vais me faire les ongles de pieds.
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Tags: dolto, enfant


Chère Yannick!
est-ce que j’ai bien compris? ils te manquent déjà??? et what about tout ce que tu nous avais promis de faire (bien avant leur départ… hein…rappelle -toi, assise à la terrasse du café basque .. pas loin du square…)
bises,
Il-Il